[article] Entretien sur l’activité artistique avec Alain Goulesque et Jean Paul Thibeau, en 2006, Musée de l’objet, Blois.

Entretien sur l’activité artistique avec Alain Goulesque et Jean Paul Thibeau en 2006, peu de temps avant l’évènement « au bord de la nuit » à Blois. Lire

Cet entretien a été initialement publié dans la revue « Les nouvelles d’Archimède » numéro 41 (lien vers numéro complet) de l’université des sciences de Lille 1. J’y dirigeais alors la rubrique « l’art et la manière ».

EXTRAIT

[…] Alain Goulesque : Dans tout atelier artistique, il y a idée de produire. Cet atelier que l’on définit ne produit pas spécialement des formes, et si c’est le cas, il peut s’agir de formes sociales, produire des mises en relation de personnes. Produire des agencements d’idées de cultures, de savoirs.

Jean-Paul Thibeau : Et oui ! Justement dans ce type de production, notre souhait est de ne pas créer des objets ou des matériaux d’art, mais plutôt de produire des principes d’expériences. On sait d’emblée que la situation elle-même est une situation d’expériences ; l’art y est pris comme un langage, une méthode, un comportement ; la finalité, ce ne sont pas les objets ou les œuvres, mais la légèreté de la tentative, les potentialités qu’elle livre, la curiosité qu’elle suscite.

Alain Goulesque : C’est effectivement cela qui nous mobilise. J’aimerais désigner la singularité de cette forme. Qu’est-ce qui rend cette façon de procéder particulière ? En quoi cela développe-t-il un nouveau langage, une nouvelle façon de co-opérer ? Il y a eu d’autres périodes aussi où l’on se réunissait et l’on produisait et l’on travaillait des matériaux un peu sous cette forme-là, dans les années soixante-dix.

Jean-Paul Thibeau : Là, la différence c’est que l’on n’est pas dans un pur activisme, on n’arrive pas avec des matériaux, avec des éléments avec lesquels il faudrait agir immédiatement, donner des formes. Ce n’est pas non plus un militantisme de groupe, ni d’ailleurs une sensibilisation à l’art telle qu’elle est véhiculée aujourd’hui. C’est plutôt une « espèce de situation » que l’on fait émerger du champ de l’art ; cette situation née en quelque sorte à l’intersection d’un carrefour où se croisent les relations art et comportement, art et expérimentation, qui ont toutes des résonances historiques et politiques. Les matériaux spécifiques, que nous utilisons, sont puisés dans tous ces champs. […]