Je ne résiste pas à l’envie de partager avec vous mon expérience de lecture du livre « Méfiez-vous des femmes qui marchent. Dans les pas de Simone de Beauvoir, Georgia O’Keefe, Daphné du Maurier… ». Je n’avais pas lu beaucoup d’articles sur l’ouvrage avant de l’acheter. Le titre a déclenché le désir de la lecture. Il annonçait de la transgression : se dégager d’un rôle pré déterminé, avoir un destin singulier, aller hors des sentiers. Je lisais le titre ainsi : vous devriez soupçonner les femmes qui marchent de chercher autre chose par ce moyen. J’étais curieuse de savoir ce qu’était cet autre chose. J’étais aussi animée par ce que j’allais apprendre de moi, sur la randonnée, sur l’incarnation de la singularité.
Avant de citer quelques extraits, quelques mots, disons que l’auteure entremêle à ses pensées et expériences, des passages biographiques et fragments d’archives sur des marcheuses du 19è, milieu 20è siècles. Il m’a fallu un temps pour apprivoiser cette écriture dans laquelle le passé et le présent s’entrecroisent en continu. Ensuite, je me suis mise à suivre les parcours de ses femmes avec un intérêt de plus en plus vif. J’étais prise littéralement dans la course de chacune d’elles. Et, j’ai appris de moi.
Extraits
« Pour moi, cependant, la marche permet à de nouvelles pensées, de nouvelles idées de faire surface, de prendre le pas sur les détritus qui m’occupent l’esprit pendant une grande partie du temps (…). La marche permet aux pensées de se rattacher de manière plus latérale à d’autres réflexions et impressions. » (p.65)
« Même à une époque et dans une culture valorisant l’individu, ainsi que son autonomie et sa liberté, par-dessus tout (ou presque tout), les femmes ne sont pas autorisées à admettre leur amour de la solitude. » (p.115)
« Mais j’ai surtout honte d’admettre à quel point j’ai pris plaisir à ma propre compagnie. » (…) « La vérité, c’est qu’être en sa propre compagnie n’est pas comme être seule, ou esseulée. C’est une confrontation avec soi-même. (…) »
« Cette marche, seule sous la pluie, fut une révélation. Elle (Clara Vyvyan) éprouva un vif sentiment de liberté, se combinant à une impression presque zen, d’avoir été absorbée par le paysage. »Il me semblait que je possédais l’endroit tout entier ou que c’était lui qui me possédait… Et j’avançais encore et toujours, extasiée, seule dans l’unique dimension du brouillard qui m’environnait » devait-elle écrire dans ses souvenirs. Clara Vyvyan « 0n timeless shores : journey in Ireland » 1957.
« Une heure durant je suis au-delà du désir, ce n’est pas l’extase, surgissant hors de lui-même, qui rend l’homme semblable à un Dieu. Je ne suis pas hors de moi, mais au dedans. Je suis. Savoir ce que c’est qu’être, telle est la grâce suprême que vous accorde la montagne. » Nan Shepherd, « la montagne vivante » 1956
Nan « craignait que son livre sensuel sur le simple fait d’être dans les montagnes et d’y éprouver des émotions ne soit rejeté avec mépris et mis sur la touche par la culture dominante des alpinistes du sexe fort, des scientifiques avides de données et des montagnards obsédés par leurs propres exploits. » Kathryn Aalto « Writings Wild… » 2020.
« Il me semble que rien n’est aussi libérateur qu’une longue randonnée, que de partir à pied, sac au dos, sans avoir à se soucier d’une voiture d’un vélo ou d’un cheval… Mais la marche nous entraîne au-delà de la liberté. Grâce au « rythme long » de la marche, nous passons par des révélations successives sur nous-mêmes pour atteindre un état de méditation dans lequel nous sommes quelqu’un de tout à fait différent. Shepherd a noté que « c’était après des heures de marche interrompue… une heure après l’autre » qu’elle avait pu découvrir « ce que c’est que d’être ». »

Résumé (presse)
« Annabel Abbs enquête sur les intellectuelles et femmes artistes qui ont pratiqué la randonnée. Elle montre comment cette activité a été pour elles une libération face aux contraintes et aux difficultés du quotidien.
Toutes ont eu l’audace, à une époque où voyager seule n’avait rien d’évident, de saisir leur bâton de pèlerin. Elles sont peintres, philosophes, poétesses… Figures plus ou moins oubliées que Nan Shepherd, l’Écossaise, Gwen John, la Galloise, Georgia O’Keeffe, Clara Vyvyan – mais aussi Simone de Beauvoir, Daphné du Maurier… Qu’est-ce qu’une femme qui marche ? Et pourquoi marchent-elles ? Pour le plaisir, comme les homologues masculins ? Ou plutôt pour penser par elles-mêmes ? Mettre de l’ordre dans leurs émotions, s’affirmer, s’émanciper… Pour devenir, pas à pas, la femme qu’elles sont. La randonnée comme un nouveau départ… ».