Trois résidences septembre 2022, novembre 2022 et février 2023 avec trois invités Céline Nogueira, Victoria Soubielle et Gauthier Leroy au Bel ordinaire, Billère. Dans ces temps de travail commun, il s’agit d’expérimenter des outils conceptuels, de revisiter des gestes, d’interroger soi et son environnement immédiat, soi et les autres par diverses pratiques somatiques.

Jeudi 23 mars 2023 de 14 h à 18 h : journée d’étude avec Bernard Andrieu, Marisa Hayes et Mélanie Yvon (image ci-dessous), auditorium de l’ESAD Pyrénées, Pau

Présentation de la recherche-création

Ce programme de recherche a pour objectif de développer une réflexion interdisciplinaire sur les enjeux esthétiques, épistémologiques et culturels de la sensorialité dans les pratiques artistiques contemporaines (danse, théâtre, arts plastiques). Le projet se décline en deux volets qui portent des regards analytiques distincts mais complémentaires sur les problématiques qu’ouvre la notion de sensorialité.

En ce qui me concerne, je vais développer ce qui suit : retour sur soi : outils et méthodes

L’objectif est d’interroger la connaissance que j’ai produite sur une quinzaine d’années, en mettant en exergue le processus créatif qui s’y est déployé. La relecture du passé se veut donc inventive, et la démarche nécessairement empirique. 

Posons tout d’abord les cadres de recherche principaux dans lesquels vont évoluer réflexions et expérimentations. J’ai mené une approche historique et esthétique de l’art participatif international depuis les années 1950 ainsi que des études sur le reenactment dans les pratiques artistiques contemporaines et leur extension dans le champ du numérique. Le corps (représenté, agissant et médié) traverse l’ensemble. Ce dernier est un bon véhicule pour interroger la place et la fonction des sens et du système de réception dans les objets d’étude. La notion de sensorialité est aussi un bon vecteur pour identifier un terrain commun existant entre différentes disciplines des arts et des sciences humaines, tout particulièrement la sociologie et l’ethnologie, l’esthétique et les arts de la performance.

Soulignons ensuite que pour mener cette lecture empirique à terme, je vais visiter diverses écritures de soi. Je vais notamment porter mon attention sur celles qui donnent la possibilité d’explorer les incarnations de sa propre activité cognitive et l’imaginaire qui s’y déploie. Ainsi, par exemple, par quels moyens rendre lisible les images qui façonnent une trajectoire de pensée ? Comment rendre opérationnels, dans le présent de l’auteure, les outils intellectuels fabriqués de sa relecture d’évènements passés ? 

Cette lecture inventive devrait offrir la possibilité in fine de brosser le portrait de ce qui pourrait être qualifié de : intellectuelle-créative et/ou théoricienne de l’art incarnée. 

Ma collègue développera ce qui suit : « Paysages cénesthésiques » par Anne-Claire Cauhapé.

L’objectif est de développer une recherche théorique et artistique sur la notion de « cénesthésie ». Le terme de cénesthésie désigne une sensibilité dite « profonde » de laquelle émane le sentiment d’existence de chaque individu par la perception de son corps. Elle peut se définir comme une modalité sensible de relation à soi par une présence immédiate à son propre corps qui nous informe sur un certain état d’être. La cénesthésie peut ainsi se redécrire comme un paysage intérieur diffus dont le relief varie selon l’intensité et la nature de nos sensations, émotions ou pensées. Telle une caisse de résonance, cette sensibilité profonde est une expérience intime, pas nécessairement verbalisable, par laquelle l’individu prends le pouls de son existence dans toutes les gradations de son spectre : du sentiment exalté d’existence (se sentir vibrer, comme on le dit communément) jusqu’à l’exténuation de l’élan vital.

Qu’elles soient perçues de manière spectaculaire (par la déflagration d’un transport émotionnel par exemple) ou de manière subtile (par une impression diffuse et vague), les fluctuations de nos paysages intérieurs n’en restent pas moins toutes reliées à nos états de corps et dépendantes de notre capacité à éprouver et nous laisser éprouver. Nos « paysages cénesthésiques » sont en effet particulièrement poreux, réactifs et sensibles à nos expériences sensorielles quotidiennes grâce auxquelles nous entrons en relation avec le monde environnant et les personnes en présence.

Le concept de « paysages cénesthésiques » ouvre ainsi un vaste champ de recherche qui interroge la sensorialité sous un angle spécifique. Comment nos sensations agissent-elles comme des interfaces entre soi, le monde et autrui ? Comment percevoir avec plus d’acuité les fluctuations de nos paysages intérieurs ? Sur quoi repose la capacité à se laisser affecter/éprouver par la rencontre du monde et de l’autre ? Le concept porte également un fort potentiel poétique qui nourrira la recherche artistique pour la création de vidéo-danses.

Ce projet bénéficie du financement de la Communauté d’Agglomération Pau Pyrénées, ainsi que du cofinancement du laboratoire ALTER- Université de Pau et de l’ESAD des Pyrénées Pau-Tarbes.